Il existe parfois des similitudes frappantes dans les styles d'écrirure. J'étais en train de lire un passage du livre "Incognito" de Petru Dumitriu relatif à la Deuxième Guerre mondiale et à l'avènement du communisme en Roumanie :
" Mais à ce moment là, l'inertie du coeur, la lourdeur d'esprit me dominaient plus qu'à présent, et la preuve en ait que je tentais de croire à cette solution tellement décevante, superficielle et cruelle, qu'est le communisme. Et je souffre maintenant pour m'être dérobé alors à la souffrance, et pour avoir cru que j'étais innocent alors qu'il n'y a nul homme au monde qui reste innocent devant soi-même, sauf les tout petits enfants : et dire moi, me voici, je suis innocent et unique, le contentement de soi-même ou, pire, le stupide orgueil sont plus coupables qu'un meurtre commis par un ivrogne simple d'esprit".
J'ai fait un parallèle par rapport à un extrait du roman du Prix Goncourt 2011, un passage relatant la Guerre d'Algérie, de 1954 à 1962. Le mot "innocent" y apparaît et le même cheminement de pensée y est bien présent :
Les opérations duraient depuis plusieurs semaines puis ils rentraient à Alger. Ils tenaient soigneusement le compte des jours passés pour ne pas s’y perdre, le compte précis des semaines de soleil comme un liquide brûlant, de pierrailles à odeur de four, des fusillades dans la poussière, des embûches derrière les buissons, des mauvaises nuits sous les étoiles froides toutes présentes dans le ciel noir, des lampées d’eau tiède au goût de métal et des sardines à l’huile mangées à même la boîte. Ils rentraient à Alger en camion. ... Ils ne savaient pas exactement le nombre de hors-la-loi qu’ils avaient tué. Ils avaient tué du monde, il ne savait pas qui exactement. Les combattants, les sympathisants des combattants, les mécontents qui n’osaient pas en venir aux mains, et les innocents qui passaient là, ils se ressemblaient tous. Tous morts. Mais peuvent-ils être innocents ceux qui croient l’être, alors qu’ils sont tous apparentés ? Si la colonie crée la violence, ils sont tous, par le sang, dans la colonie. Ils ne savaient pas qui ils avaient tué, des combattants sûrement, des villageois parfois, des bergers sur les chemins ; ils avaient compté le nombre de corps laissés à la pierraille, dans les buissons, dans les villages, ils avaient augmenté ce chiffre du nombre des corps qu’ils avaient vu tomber, disparus et emportés, et ceci donnait donc une somme, qu’ils enregistraient. (…) (p. 563)
Publié le 04 novembre 2011 par Eric Bonnargent Docteur Alceste et M. de
PourceaugnacÉric Bonnargent
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| Bruegel, Le Misanthrope |
L'agonie de la culture n’est pas un sujet très original : sans remonter à Tacite et Juvénal qui dénonçaient déjà la décadence de la poésie,
José Ortega y Gasset annonçait en 1925 la fin du roman dans La Déshumanisation de l’art (cf. mon article ici). Cela n’a pas empêché depuis lors de nombreux chefs-d’œuvre de paraître. En France, c’est au XIXe siècle, avec Charles-Augustin Sainte-Beuve, Jules
Barbey d’Aurevilly, Leconte de Lisle ou encore les frères Goncourt, que la décrépitude de notre langue et de notre littérature est devenue un sujet d’inquiétude. Cette
appréhension d’alors fait sourire le lecteur d’aujourd’hui dont la bibliothèque contient À la recherche du temps perdu, Le Voyage au bout de la nuit, L’Étranger… Mais
qu’en est-il de la situation actuelle ? Depuis La Littérature à l’estomac de Julien Gracq en 1950, les contempteurs de la culture et des lettres françaises sont
toujours de plus en plus nombreux et les ouvrages accusateurs se multiplient, à notre plus grand plaisir lorsque, même discutables, ils sont pertinents et bien écrits, comme c’est le cas avec
Pierre Jourde (La Littérature sans estomac), Tzvetan Todorov (La Littérature en péril) ou Jean-Philippe Domecq (Qui a peur de la littérature ?).
Richard Millet s’inscrit dans cette tradition décadentiste et polémiste. Parce que la langue est belle, parce que la méchanceté et la mauvaise foi sont évidentes, la lecture de
L’Enfer du roman n’est pas désagréable. Mais Richard Millet, pourtant bon
romancier, n’a pas le talent d’essayiste de ses collègues et les petits plaisirs qu’il nous procure sont bien éphémères. Sa mauvaise humeur est certes plaisante, mais elle ne suffit pas à
faire oublier les nombreuses insuffisances du texte.
« Ce que je vais chercher à démontrer, écrit-il dans l’avant-propos, relève de la dimension morale du goût : la majeure partie du roman
contemporain, où s’incarne la postlittérature, est la version sentimentale du nihilisme. »
Un premier flottement apparaît concernant le passage de la littérature à la postlittérature. Quand s’arrête précisément l’histoire de la première ? Quand
est-ce que s’ouvre l’ère de la seconde ? Sans doute dans les années 60 puisque, parmi les rares écrivains intempestifs qui tels Thomas Bernhard et Peter Handke échappent à l’ire de l’auteur, il y a Marguerite
Duras dont Le Ravissement de Lol V. Stein semble opérer un tournant dans l'histoire des lettres françaises. Les écrivains, les vrais, qui survivent à la mort
du roman sont ceux qui travaillent à sa déconstruction :
« Cette décomposition est la liberté même du roman, la condition de sa vérité, alors que le roman postlittéraire ne fait que grimer son propre cadavre. »
Ainsi énoncée, l’idée est intéressante tant il est vrai que les grands chefs-d’œuvre littéraires du XXe siècle sont issus d’une réflexion sur la langue
et l’art du roman lui-même. Parmi ceux-ci, Richard Millet cite à juste titre Ulysse, Absalon, Absalon !, À la recherche du temps
perdu, L’Homme sans qualité, La Mort de Virgile ou encore Austerlitz. De la lecture de ces grands textes, rajoute avec finesse Richard
Millet, nous ne ressortons pas plus riches, mais « plus pauvres, donc mieux à même d’être bouleversé et aguerri, combatif et éminemment léger et profond. »Malgré cette
belle réflexion, il faut noter la méconnaissance presque totale de Richard Millet en matière de littérature contemporaine, ce qui est tout de même ennuyeux pour l’auteur d’un
livre dont le but est justement de la critiquer.Dans le domaine de la littérature étrangère contemporaine tout d’abord, l’ignorance de Robert Millet est si grande qu’il est presque surprenant de
voir le nom de W.G. Sebald apparaître sous sa plume. Dans L’Enfer du roman, le lecteur éclairé et passionné ne trouvera pas les noms de Reinhard Jirgl ou de B.S. Johnson qui sont pourtant de grands acteurs de la déconstruction du roman. Il trouvera
par contre ceux de Roberto Bolaño, de Günter Grass ou d’Antonio Tabucchi, à propos desquels
Richard Millet se contente d’écrire que leurs livres l’ont terriblement ennuyé. Richard Millet ne se justifie pas, certainement parce qu’il ne le pourrait pas.
Le mépris lui suffit. Lorsqu’il s’abaisse à critiquer un écrivain, il peut pourtant être aussi drôle que pertinent. À propos de Jim Harrison, par exemple, il écrit
qu’« il n’est qu’un bon auteur populaire doublé d’un excellent voyageur de commerce », un écrivain dont « le militantisme écologique » a suffi à séduire le
lecteur français. Hélas, Richard Millet est aussi capable de jugements hâtifs et absurdes, comme c’est le cas avec Cormac McCarthy qu’il considère comme un
imitateur de William Faulkner « que seul le cinéma peut rendre lisible », ce qui montre d’une part, qu’il connaît mal l’œuvre de l’écrivain américain dont les
meilleurs livres, Méridien de sang et Suttree, ne pourraient être adaptés au cinéma et d’autre part, qu’il connaît mal le cinéma puisque No country for old men et
La Route ont été, eux, adaptés, mais sans être convaincants.
Mais c’est dans le domaine de la littérature française contemporaine que les insuffisances de Richard Millet sont les plus choquantes. Les
seuls noms qu’il cite sont ceux de Marc Levy, de Guillaume Musso, de Bernard Werber, d’Anna Gavalda ou d’Éric-Emmanuel Schmitt. Or, réduire la littérature
française à ces scribouilleurs est indigne de la part d’un homme qui est par ailleurs éditeur chez Gallimard. Pourquoi ne citer que ces noms ? Est-ce par ignorance ou par
populisme ? Si la postlittérature n’est représentée que par ces fantoches, alors bien entendu, on peut souscrire à tout ce que Richard Millet en dit :
« Le roman postlittéraire ? Un mixte de roman policier, de gnose sociologique et de psychologisme de magazine féminin, rédigé dans un sous-état de langue par quoi l’idéologie du
Bien se répand irrésistiblement. »
Il y a donc trois choses que reproche Richard Millet au roman postlittéraire : la langue, la toute-puissance de la narrativité et la bien-pensance. Si l’on doit faire de
Et si c’était vrai… ou de Ensemble, c’est tout des romans représentatifs de la littérature française, alors oui, en effet, il a raison d’affirmer que le roman contemporain est
« un cauchemar ».1) Il est vrai que dans les livres des auteurs français qu’il cite « l’orthographe est devenue incertaine, la syntaxe flottante. » Nous pouvons
aussi pleurer avec lui la disparition du subjonctif, de la subordonnée et du point-virgule. Sans doute aurait-il été aussi navré que n’importe qui en entendant Clara Dupont-Monod sur
France Culture condamner Le Pourceau, le Diable et la
Putain sous prétexte qu’il contenait trop de subjonctifs, imparfaits, de surcroît. L’obsession principale de Richard Millet reste toutefois la prétendue soumission de la
langue française à la langue anglaise « omniprésente et destructrice. » Le français d’aujourd’hui ne serait plus qu’une traduction de l’anglais car, pour les auteurs français, il
s’agirait d’« écrire dans sa langue maternelle en rêvant de l’anglais. » Comme cela ne veut pas dire grand-chose, il précise sa pensée : le français écrit n’existe
plus, il a cédé sa place à l’oralité… Le lecteur est, hélas, bien peu avancé… L’un des grands maîtres de l’oralité écrite est Louis-Ferdinand Céline et Richard Millet l’admire…
Il est pourtant à parier qu’en 1932, il aurait crié au scandale… Richard Millet fait partie de cette catégorie d’hommes qui ont toujours un temps de retard, qui ont besoin que
les œuvres soient recouvertes d’un peu de poussière pour pouvoir les apprécier. Sans doute veut-il dire aussi que les écrivains français écrivent comme ils parlent. Encore une fois, cela est sans
doute vrai à propos des écrivaillons qu’il cite, mais comment se peut-il qu’il n’ait jamais entendu parler de ces stylistes que sont Romain Verger ou Lionel-Édouard Martin ? Inutile cependant à Richard Millet d’aller lire ces stylistes, car le vieil Académicien qui sommeille en lui ne pourrait apprécier une langue
à la fois riche et moderne. Comme un grand nombre de critiques réactionnaires, il lui faudrait plutôt aller voir du côté du bon élève Marien Defalvard, au style dix-neuvièmiste, appliqué et
ampoulé.2) Richard Millet reproche aussi à la littérature contemporaine française son « romanesque journalistique. » Tout mauvais livre, il est vrai, se limite à la
seule narrativité. C’est sans doute à cause de cette dernière, remarque avec justesse Richard Millet, que ces romans, contrairement aux grands chefs-d’œuvre, sont incapables de
créer des types. Le génie de Flaubert ne réside pas seulement dans son style, mais dans le fait d’avoir « jeté un copyright sur l’humanité entière » avec des
personnages tels qu’Emma, Homais, Bouvard, Pécuchet ou encore Frédéric Moreau. Pour continuer avec Flaubert, Richard Millet en conclut que « la plupart
des romans contemporains sont écrits par Homais, quand ils ne le sont pas par Emma Bovary, sinon par Charles, animal social exemplaire, victime absolue dont notre époque est
particulièrement friande. »
3) Quant à l’idéologie du Bien, Richard Millet qui revendique son enracinement dans la terre de France entend par là l’indifférence à la couleur de
peau ou à la religion. Richard Millet, lui, remarque tout cela. Il n’y a pas si longtemps, il affirmait sur France Culture qu’on ne peut pas être français et
s’appeler Mohamed. Dans L’Enfer du roman, des relents nauséabonds de xénophobie sont présents. À propos des camps de la mort, par exemple, Richard Millet qui connaît
l’importance des mots et des adjectifs ne parle pas de l’extermination des Juifs, mais de « l’extermination des Juifs européens. [1] » Si le propos est par lui-même exact, l’adjectif « européen » diminue
subrepticement l’ampleur du massacre. Le Shoah n’est d’ailleurs pour lui que l’un des événements historiques qui, au même titre que « Che Guevara », « la traite de
noirs » ou « la Révolution française », montre à quel point le peuple français a perdu le sens de l’histoire. Cessons donc d’être bien-pensants et ne parlons plus que
des Croisades et de Bouvines… Richard Millet qui n’a décidément pas peur du ridicule affirme également que le roman est chrétien par essence. Pourquoi ? Parce qu’il est né
en Occident. Faudrait-il en conclure que la philosophie est forcément grecque et polythéiste ? Que penserait le bonhomme, tant attaché à son Limousin natal, si on lui rappelait que la
porcelaine vient de Chine et que, selon sa propre logique, la porcelaine de Limoges ne serait donc qu’un ersatz de porcelaine ?

Dans cette nuée d’approximations et d’idioties, il y a toutefois de beaux paragraphes. Bien entendu, il n’y a rien d’original à penser que l’écriture est une solitude consistant à conjurer
« les revenants », que la lecture est « une activité antisociale » (même si « asociale » aurait sans doute mieux convenu), mais c’est toujours
agréable à (re)lire. Il n’est pas déplaisant non plus de s’agacer une nouvelle fois des bandeaux rouges enserrant d’insipides romans, de s’écœurer des quatrièmes de couvertures collections
de louanges d’une presse qui loue tout ce qui lui tombe sous la main. On peut sourire à juste raison de l’utilisation de Facebook par des écrivains qui accordent plus
d’importance au « making of » (le lecteur notera la surprenante récurrence des anglicismes sous la plume d’un écrivain anglophobe) de leur roman qu’au roman lui-même. Il faut
bien le reconnaître aussi : L’Enfer du roman contient de nombreuses belles remarques sur la littérature. Richard Millet note, par exemple, que pour quiconque a lu
Le Grand Meaulnes, il est inutile d’aller visiter Bourges, la puissance créatrice d’Alain-Fournier permettant à ses lecteurs de découvrir l’âme de cette ville, de se promener dans une
Bourges éternelle, indépendante des déterminations sociologiques ou historiques.En refermant, L’Enfer du roman, le lecteur sera peut-être surpris d’une chose : lorsque
Richard Millet s’inscrit dans la polémique, il n’est jamais vraiment convaincant. Par contre, ses rares exercices d’admiration sont tout à fait justes, que ce soit à propos de la
littérature en général ou de certains écrivains en particulier. En une phrase, par exemple, il parvient à montrer en quoi l’art de Juan Carlos Onetti consiste :
« Voilà un écrivain qui sait réunir dans la même phrase le visible et le sonore, qui a autant de vue que d’oreille, le tout sur un arrière-fond d’ironie
souveraine. »
La lecture de L’Enfer du roman n’apportera finalement pas grand-chose à ses lecteurs : quelques sourires, un peu de contentement et, le plus souvent,
des moues navrées. Ce livre montre surtout que l’on peut être bon écrivain et un essayiste médiocre.

Richard Millet, L’Enfer du roman. Gallimard. 18,90 €
Afin que les livres imprimés restent compétitifs face à leurs rivaux numériques, les éditeurs apportent de plus en plus de soin à leurs ouvrages papier.
La beauté contre la practicité ; la qualité contre la facilité. Pour que les livres papier restent dans le coup face aux ebooks, les maisons d’édition américaines ont décidé d’ajouter (substituer ?) le plaisir de posséder au plaisir de lire. Leur moyen pour y parvenir ? Transformer chaque livre en une espèce d’objet de collection, comme l’explique le New York Times dans un récent article.
Le dernier roman de Haruki Murakami, 1Q84, par exemple. Lors de sa sortie en librairie, au mois d’octobre, il a fait forte impression. Pour son contenu, mais aussi pour son apparence. L’éditeur, Knopf, a en effet apporté un soin tout particulier à la couverture. Translucide, celle-ci laisse apparaître le visage d’une jeune femme et son regard captivant. Récemment, le dernier Stephen King, 11/22/1963 (« 22 novembre 1963″ en français), a aussi attiré l’attention en raison de sa jaquette élaborée : un mélange de photos de John Fitzgerald Kennedy et d’articles de journaux relatant son assassinat à Dallas le 22 novembre 1963.
Pas d’augmentation des prix… pour le moment
Ces deux exemples – il en existe bien d’autres – illustrent bien la stratégie des éditeurs : pour attirer l’attention des lecteurs, et les inciter à choisir un livre en version papier plutôt qu’en numérique, ils cherchent à créer l’événement autour de celui-ci. Et apparemment ça fonctionne. Alors que tous les titres édités par Knopf aux Etats-Unis se vendent désormais plus au format numérique, 1Q84 et sa couverture travaillée font exception : cette dernière s’est écoulée à 95 000 exemplaires, contre 28 000 pour la version digitale.
Pour le moment, les maisons d’édition ont résisté à la tentation d’augmenter les prix de ces belles éditions. Mais rien ne dit que cela sera encore le cas à l’avenir. D’ailleurs, certains semblent déjà y réfléchir, persuadés que « le lecteur sera prêt à payer un ou deux euros de plus pour s’offrir un beau livre ». Les paris sont ouverts…
(d’après The New York Times)
Par Candice Nicolas (Correspondante à Los Angeles du BSC NEWS) - BSCNEWS.FR / Le dernier Van Trier a déjà fait beaucoup parler de lui, au festival de Cannes notamment, puisque, d’un extrême à l’autre, il a vu son actrice principale remporter le prix d’interprétation féminine, et son réalisateur se faire congédier par la grande porte. Melancholia est un film sur la fin du monde qui en dit long sur nos peurs et nos fantasmes, sur nos vieilles institutions et nos futilités tellement humaines.
Une ouverture magistrale, symphonie Wagnérienne en vert et au ralenti, introduit une Kirsten Dunst (sans surprise), tantôt en jean t-shirt, tantôt en robe de mariée, attachée à sa nature de femme, au cœur de la nature même. Une entrée en matière succulente où la photographie fait des miracles et le cinéma confirme sa magie. Puis, un Von Trier, comme on l’attendait avec les ingrédients qui font qu’on l’adore ou qu’on le déteste, caméra à l’épaule, gros plans sur la famille dysfonctionnelle, les relations sadomasochistes, le tout sur un fond de dépression, agrémenté de crise de nerfs et de crises de larmes. Le premier chapitre nous relate les noces de Justine, la mariée dépressive, et Michael, un jeune époux qui y croit, le temps de la cérémonie, un petit tour et puis s’en va à l’aube. Le mariage, qui ne tient même pas jusqu’à la catastrophe et qui rappelle vaguement celui de 5x2 de François Ozon (2004), se tient dans la propriété du très riche John (Kiefer Sutherland, impressionnant), mari de la sœur aînée de Justine, Claire (Charlotte Gainsbourg, impeccable) qui gère la réception, les invités, et apparemment la vie de sa sœur, incapable de faire quoi que ce soit. Alors que Justine semble dénuée de tout sentiment, Claire, est en lutte avec un trop plein d’entre eux ; leur maman est exécrable (Charlotte Rampling, parfaite), leur père volage n’est pas méchant mais semble indifférent aux malheurs d’autrui. Un premier chapitre qui laisse donc à désirer, non parce qu’il dérange de vérité, mais parce qu’il met en scène des personnages, caricatures d’êtres humains et qu’il est difficile d’accrocher à leur histoire. La seconde partie du film est, elle, plus prenante, elle se concentre sur la descente aux Enfers de Claire, qui semblait la plus forte, la plus courageuse et la plus raisonnable des deux sœurs. La dépression a complètement conquis Justine qui vient s’écrouler chez elle, et elle tente de lui redonner gout à la vie, bien que, ironie totale, la fin du monde soit proche. En effet, Melancholia, une planète ennemie, menace de percuter la terre. John réconforte tant bien que mal son épouse, alors que leur fils se prend d’amitié pour sa tata dégénérée. La relation entre les personnages, tous parents, s’intensifie, se crédibilise. On attend avec les jeunes femmes l’impact fatal. Le monde mérite sa fin, et les hommes n’en parlons pas ; Justine nous le dit, John nous le prouve. A suivre ! Et à noter, au niveau du jeu, une Kirsten Dunst aussi émouvante que dans Virgin Suicide, autant dire qu’il faut aimer le genre, par contre, une interprétation magistrale de Gainsbourg, à se demander si on a donné la palme à sa cadette parce qu’on ne pouvait pas la lui donner deux fois de suite. Un fils Sutherland que l’on découvre, et que l’on apprécie dans son rôle de mari prévenant et pourtant aussi imparfait que les autres. Melancholia est donc un film à voir parce qu’il est inégal et imparfait, parce qu’il met en scène la petitesse des choses et la bassesse des hommes, parce que malgré ses longueurs et ses lenteurs, il reste un grand Von Trier, un tableau de la condition humaine sur fond de médiocrité inhérente, exaspérante et attachante.
Candice Nicolas est la correspondante à Los Angeles du BSC NEWS
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